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La sécurité, jusqu’où ? Sur internet circule un diaporama qui explique que tous ceux ayant plus de quarante ans devraient être morts, car ils ont fait du vélo sans casque, du patin à roulettes sans genouillères, de la voiture sans ceinture et assis à l’avant, et ont subi toutes sortes d’autres avanies qui, aujourd’hui, feraient passer pour criminels leurs parents, leurs enseignants ou tout autre encadrant. Le sens de l’exposé est clair : l’excès de prudence et de précautions ne se justifie pas, dans la mesure où l’on n’a pas, à l’époque, assisté à l’hécatombe que l’on supposerait aujourd’hui. La première réaction est en général de se dire que les auteurs ont raison et que l’on se complique beaucoup la vie pour un résultat qui n’apparaît pas évident. Dans un second temps, on va forcément plus loin en se disant que (pour prendre cet exemple) rouler en voiture sans être attaché est dangereux (le nombre de morts sur les routes a été divisé par trois depuis les années 70 alors que le trafic et la puissance des voitures ont au moins doublé) et qu’un certain nombre de mesures de sécurité sont tout simplement de bon sens. Nous savons bien que ce qui est toujours le plus difficile à chiffrer, c’est ce qui ne se produit pas : combien d’accidents, de handicaps, de maladies sont évités ? On ne le saura jamais. Par contre, on peut (partiellement) imaginer les remords pouvant survenir après un drame dont on suppose que, en prenant davantage de précautions, on aurait pu l’éviter ou en amoindrir les effets. Nous sommes donc dans un domaine où la marge est étroite entre le trop et le pas assez et, pire, où elle fluctue : il n’est que de voir la question des doses de vaccin contre la grippe A. Ce dernier exemple peut d’ailleurs donner des pistes pour sortir de ce dilemme ; c’est sans doute dans la manière d’appréhender le danger, plus que dans tel ou tel acte, que réside la bonne attitude. Se laver les mains chaque fois que l’on a touché un objet ne sert sans doute pas à grandchose dans la vie courante, hormis à affaiblir nos défenses immunitaires ; par contre, ne pas nettoyer une blessure relève de l’inconscience. Lorsque la précaution imaginée empêche de vivre normalement, on franchit la limite, la vie normale pouvant être définie comme celle qui permet tout simplement de réaliser ses aspirations. Enfin, n’oublions jamais que nous sommes là dans un domaine où, très souvent, c’est la société qui assumera les conséquences des comportements individuels. Il faut en tenir compte aussi dans l’appréhension du danger dont je parlais plus haut.
Claude Gassmann, Président
Février 2010
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